MICROFINANCE, QUALITE DES INSTITUTIONS ET ENTREPRENEURIAT DANS LES PAYS DE L’UEMOA


Lewis Landry Gakpa

 Université Felix Houphouët-Boigny-Côte d’Ivoire Email: gakpalewis@yahoo.fr

 La contribution de l’entrepreneuriat au développement économique a déjà fait l’objet de nombreuses études dans la littérature économique. La raison sous-jacente est que l’entrepreneuriat contribue à la création des emplois (Folster, 2000) ; améliore le bien-être, l’efficience et la productivité de l’économie (Baumol, 1990). Egalement, l’entrepreneuriat est considéré comme un moteur important pour la promotion de l’innovation et la transformation structurelle des économies (Audretsch et al., 2002). Pour certains économistes comme Bruton et al., (2013); Anderson et al., (2010) ; Brixiová et Asaminew, 2010 ; McKague et Oliver ,2012 ; Bandiera et al., 2013 et Tobias et al., 2013, l’entrepreneuriat est considéré comme l’un des outils les plus efficaces dans la lutte mondiale contre la pauvreté. C’est ce qui justifie que depuis ces dernières années, les décideurs politiques des pays à faible revenu ont inclus l’entrepreneuriat comme un élément clé de leurs stratégies de croissance inclusive (Brixiová et Égert, 2017).

Bien qu’il semble y avoir un certain consensus au niveau théorique sur le rôle positif de l’entrepreneuriat dans le développement économique, dans de nombreux pays à faible revenu, la contribution de l’entrepreneuriat à la croissance et à la création d’emplois reste encore limitée (Brixiová et Égert, 2017). Parmi les nombreuses raisons évoquées pour expliquer un tel résultat, figure en pole position les contraintes financières auxquelles font face les entrepreneurs dans les pays en développement (Baraton et Léon, 2016). En effet, dans les pays en développement, les [2] institutions financières du secteur formel excluent les ménages pauvres au moyen de garanties, de rationnement du crédit, de préférence pour les clients à revenu élevé et de procédures bureaucratiques et longues pour obtenir un prêt. D’autre part, le secteur financier informel n’a pas non plus aidé les pauvres. Le pouvoir monopolistique, les taux d’intérêts excessivement élevés et l’exploitation par la sous-évaluation des garanties ont empêché les pauvres de recevoir des crédits pour la création de revenus et la réduction de la pauvreté (Bhaduri, 1983, Bardhan, 1980, Ghosh, Flotz, 2004, Pertick, 2005).

 Les limites du secteur financier formel et du secteur financier informel dans la prestation de services financiers, en particulier le crédit, ont provoqué la création des programmes de microcrédit. Les programmes de microcrédit des institutions de microfinance (IMF) ont été ainsi lancés dans le but de fournir aux pauvres des crédits sans garantie afin de réduire la pauvreté, en leur permettant de démarrer leur propre micro-entreprise afin d’accroitre leur revenu. La Microfinance est ainsi progressivement devenu un important canal de lutte contre la pauvreté et l’exclusion financière dans les pays d’Afrique subsaharienne (Banerjee et Duflo, 2011; Baye, 2013; Morduch et Armendariz, 2010). Notons que la littérature économique a consacré une bonne partie de l’attention sur l’impact de l’accès au microcrédit sur la pauvreté et l’amélioration du bien-être des ménages (Imai et al, 2010, 2012; Morduch, 1998; Coleman, 1999; Chowdhury et al., 2005; Pit et Khandker, 1998; Li et al., 2011), mais il y’a eu relativement peu d’attention au rôle que la microfinance pourrait jouer dans la promotion de l’entrepreneuriat et encore moins à tenir compte de l’environnement institutionnel des pays en question. A notre connaissance, très peu sont les études qui ont concernée les pays d’Afrique subsaharienne en général et ceux de l’UEMOA en particulier. Cette étude vise donc à combler cette lacune.

Cette étude vise donc deux objectifs principaux. Dans un premier temps elle s’interroge sur l’impact de la microfinance dans la promotion de l’entrepreneuriat dans les pays de l’UEMOA et dans un second temps, elle vise à analyser le rôle que pourrait jouer l’environnement institutionnel dans ladite relation. L’hypothèse de base qui se dégage de ces deux objectifs est que la microfinance n’arrive à être profitable à la promotion de l’entrepreneuriat dans la zone UEMOA que lorsque des réformes institutionnelles sont entreprises. S’appuyant sur cette hypothèse, l’objectif de ce travail est d’apporter des éléments de [3] réponse aux questions suivantes: quel est l’impact de la microfinance sur l’entrepreneuriat dans les pays de l’UEMOA? L’état des institutions de ces pays constitue-t-il un obstacle à l’essor de l’entrepreneuriat? Quels sont les dimensions de la gouvernance qui semblent les plus importantes pour éclairer les stratégies à mettre en œuvre dans le cadre de la promotion de l’entrepreneuriat? Dans le cadre de notre analyse économétrique, nous suivrons un processus méthodologique bien déterminé afin de réaliser les estimations dans des conditions favorables à la fiabilité des résultats.

La stratégie empirique suivie sera basée sur deux analyses différentes mais complémentaires. Il s’agira d’une analyse univariée dont les résultats détermineront par la suite l’analyse multi-variée. Les données utilisées dans le cadre de cette étude couvriront la période 2004-2015 et porteront sur les pays de la zone UEMOA. Les données sur la microfinance et l’entrepreneuriat seront tirées respectivement de Microfinance Information Exchange (MIX) et du FMI. Concernant les variables institutionnelles, elles seront issues de Freedom House et de Fraser Institute. Les autres variables proviendront de la base de données de la banque Mondiale (WDI). Plusieurs résultats sont attendus au terme de cette recherche. Parmi ceux-ci, nous pourrons disposer : (i) D’une meilleure appréciation de la pertinence de la microfinance dans la promotion de l’entrepreneuriat dans les pays de l’UEMOA; (ii) D’une appréciation rigoureuse du rôle du contexte institutionnel dans la chaine de transmission des effets de la microfinance à la stimulation de l’entrepreneuriat et enfin (iii) De propositions de mesures de politique économique à l’attention des décideurs dans l’optique d’améliorer ou réorienter les politiques de promotion de l’entrepreneuriat dans les pays de l’union.


Recent Publications - View all